Les racines racistes et misogynes de la prostitution

La prostitution est-elle misogyne? Oui. La prostitution est-elle raciste? La réponse est oui et nous tenterons de le démontrer dans cet article. La prostitution est un produit du patriarcat. C’est donc un système d’exploitation dans lequel on retrouve la misogynie, le capitalisme, le racisme, la pédocriminalité, le classisme, la violence etc… Dans cet article, nous nous intéresserons aux composantes misogynes et racistes qui entrainent une exploitation des femmes Noires dans le système prostitutionnel.

⚠️WARNING⚠️ : Attention cet article n’a pas pour but de jouer à la concurrence des oppressions. Cet article permet de mieux comprendre comment la misogynie opère dans chacune des femmes. Il a pour but de connaître l’histoire de la misogynie chez les femmes afrodescendantes et ses conséquences dont la prostitution fait partie. D’autre part, des femmes d’autres origines peuvent aussi se reconnaître dans certains arguments. Le racisme n’est pas exclusif aux femmes africaines ou afrodescendantes. Les femmes Asiatiques, Maghrébines, femmes de l’Est et d’autres origines font aussi l’expérience du racisme/de la xénophobie. Cet article se destine particulièrement aux personnes avides de connaissance. Chaque femme s’inscrit dans une histoire. Et c’est cette histoire que l’on va analyser.

DÉFINITIONS. MISOGYNIE, RACISME ET MISOGYNOIRE

La misogynie est une haine contre les femmes en raison de leur sexe, ce qui aboutit à toutes les formes d’agressions ( verbales, physiques ou psychologiques), de discriminations et de crimes contre les femmes dans la société. Pour la personne misogyne, la femme est inférieure à l’homme.

Le racisme en Europe est d’abord une idéologie qui naît au XIIIème siècle avant de devenir une théorie au XIX ème siècle. Le concept de « race » repose sur des fondements « biologiques ». Le racisme consiste à hiérarchiser les « races ». L’individu Blanc étant sensé représenter ce qu’il y a de mieux. L’individu Noir représente ce qu’il y a de plus vil dans l’humanité. Entre les 2, il y a d’autres « races ». La croyance en cette théorie entraîne une série d’attitudes, d’agressions et de crimes envers les individus jugés « inférieurs ».

Extrait d’un manuel scolaire, Le tour de France par 2 enfants, édition Belin, 1877

Aujourd’hui, les recherches en sciences sociales montrent que le racisme perdure même si les gens ne croient plus aux « races biologiques ». Pour les sciences sociales, certains individus sont discriminés car ils sont « racisés » ( processus de racisation) par la société. Il y a donc une hiérarchie entre les « Racisés » et le groupe dit « dominant ». ( Source : la sociologue Colette Guillaumin) Ce racisme existe dans tous les domaines de la société d’où le nom de racisme systémique.( Attention systémique ne veut pas dire systématique).

Cette dernière définition fait polémique y compris dans le milieu universitaire où de plus en plus de personnes sont réticents à utiliser ce mot « racisé ». Mais nous citons cette définition car elle est encore très utilisée dans certains milieux militants.

La misogynie à composante raciste ou misogynoire. C’est de la misogynie sur laquelle se rajoute l’idéologie raciste. Elle donnera lieu à des oppressions propres aux femmes africaines et aux femmes originaires d’Afrique sub-saharienne appelées afrodescendantes.

Voici le plan de cet article :

  • Comment agit la composante raciste dans la misogynie ?
  • Les origines de la misogynie à composante raciste
  • Les conséquences de la misogynie à composante raciste
  • Le racisme et la misogynie dans la prostitution

COMMENT AGIT LA COMPOSANTE RACISTE DANS LA MISOGYNIE?

Beaucoup se demandent la différence entre misogynie et misogynoire ( misogynie à composante raciste). Nous allons voir quelques différences mais le sujet mériterait d’être plus approfondi. Pour faire simple, la composante raciste va établir une hiérarchie entre les femmes basée sur la « race » ce qui va conduire à des expressions très différentes du patriarcat d’un point de vue historique et personnel.

D’un point de vue de la féminité. La féminité tend à enfermer la femme dans des archétypes déterminés par la patriarcat. Comment intervient la composante raciste? La composante raciste va établir une hiérarchie entre la femme « Blanche » et la femme « Noire ». Ainsi, on attribuera la douceur, la fragilité aux femmes « Blanches ». Des valeurs associées à la féminité selon les normes patriarcales occidentales. On attribuera aux femmes « Noires » un caractère sauvage, brutale, animale. On lui dénie sa féminité ( patriarcale) et on la déshumanise pour justifier les comportements violents qu’on va lui faire subir.

D’un point de l’apparence. Le patriarcat crée des canons de beauté pour enfermer la femme dans une image et l’empêcher de se sentir bien et d’être elle-même mais surtout pour l’empêcher d’être propriétaire de son corps. Les canons de beauté imposent une direction dans la forme que doit avoir le corps dépossédant ainsi l’individu du libre-arbitre, du libre choix d’action sur son corps. Comment agit la composante raciste? Les canons de beauté choisis sont ceux décidés par les hommes européens occidentaux. Par le fait de la mondialisation, ses canons de beauté se sont étendus à une large partie du monde. Il s’agit d’une femme à la peau blanche/claire, nez droit et fin, tête ovale, corps mince/maigre, épilée, cheveux lisses et longs etc….TOUTES les femmes sont soumises à cette pression de  » beauté » qui consiste à atteindre ce modèle européen occidental. À partir de ce canon de beauté occidentale, là encore le racisme établira une hiérarchie dans laquelle la femme « Noire » africaine ou afrodescendante sera considérée comme peu attrayante. On lui associera des traits qu’on reliera à la laideur. Certains chercheurs comtemporains (2011) ont même cherché à « théoriser » cette « laideur ». ( Pour ne pas faire de pub à cette « étude », nous avons décidé de ne pas la publier).

• La maternité. La maternité est utilisé pour contrôler le corps de la femme au niveau de la reproduction. Comment intervient la composante raciste? La maternité des femmes « Blanches » est encouragée. Elles doivent constamment lutter pour avoir/maintenir le droit d’avorter. Celle des femmes « Noires » est criminalisée notamment celle des femmes d’Outre-Mer ( qui sont pourtant françaises). Françoise Vergès dans « le ventre des femmes » montre comment les femmes Réunionnaises ont été stérilisées au début des années 1970. Dans les années 1960-1970, l’État français encourage l’avortement et la contraception dans les départements d’outre-mer alors même qu’il les interdit et les criminalise en France métropolitaine.

Dans les années 70, en France, les femmes « Blanches » métropolitaines se battent pour avoir le droit d’avorter. Au même moment, l’État français encourage l’avortement et la contraception dans les territoires d’Outre-Mer

D’un point de vue des valeurs religieuses. Le patriarcat utilise la religion pour obtenir une soumission de la femme par rapport à l’homme. Comment intervient la composante raciste? La composante raciste va encore chercher à hiérarchiser. La femme caucasienne sera choisie pour incarner à travers la Vierge Marie la pureté, la virginité. Pour maintenir cette pureté, elle devra se mettre sous l’autorité d’un homme ( père, mari) garant de sa  » bonne conduite ». Quant à elle, la femme Noire incarnera l’inverse, la « Jezabel », la mauvaise qui ne pourra pas espérer meilleure rang que celui de maîtresse. Elle incarne la femme « prostituée » par essence, par nature. Elle ne sera jamais « pure » quelque soit son comportement. Chez la femme Noire c’est sa propre « nature » qui est remise en cause.

Certes, il y a des Vierges Noires mais selon de nombreux chercheurs, des médias et même selon la littérature du XV ème siècle, pour beaucoup, elles représenteraient une association aux cultes païens voire à des cultes ésotériques. Là encore, le fait d’être Noire va être associée à quelque chose de négatif quand bien même il s’agit de la Vierge Marie, grande figure du christianisme.

Rappelons que certains nient même l’existence des Vierges Noires prétextant l’usure des matériaux qui seraient devenus noirs par dégradation du temps.

Vierges Noires, culte marial et pélerinages en France méridionale, Sophie Brouquet, 2016

Ces différences d’expérience de la misogynie aboutissent à des oppressions communes mais parfois différentes selon le contexte et le temps. Ces différences sont nécessaires à comprendre pour comprendre pourquoi la lutte anti-patriarcale peut être différente chez les femmes Noires et les femmes Blanches dans certains aspects.

Ces préjugés sont encore présents aujourd’hui à travers les médias, les clips ou encore les relations inter-personnelles.

ORIGINE DE LA MISOGYNIE À COMPOSANTE RACISTE : L’ESCLAVAGE EN EUROPE

L’esclavage commence en France en 1642 sous Louis XIII. La femme africaine est déshumanisée pendant l’esclavage. Elle est réduite à son corps, propriété absolue du patriarcat dominant, les maîtres Blancs. Elle peut être vendue ou achetée au même titre qu’un objet. Ses enfants ne lui appartiennent pas. Ils sont aussi propriété du maître.

En 1685, 43 ans après le début de l’esclavage, un code juridique établit le statut de l’esclave, le code Noir. La femme esclave est considéré comme un bien-meuble (article 44) à qui l’on peut faire subir toute sorte de sévice. Elle peut être vendue, achetée ou donnée au même titre qu’un objet. Le code Noir fera semblant de lui donner quelques droits. Droits qui sont anéantis par d’autres articles. Par exemple, on lui donne la possibilité de se plaindre des mauvais traitements de son maître mais l’article 30 précisera que le témoignage d’un esclave n’a aucune valeur.

Les peines et les châtiments sont autorisés selon le code Noir. Le maître esclavagiste a le droit de frapper son esclave avec une corde ou une verge s’il estime « qu’il le mérite » sans avoir à s’en justifier juridiquement.

Le code Noir édité en 1685 sous Louis XIV défini l’esclave comme un bien-meuble.

Le corps nourricier. Le corps de la femme Noire, considérée comme propriété de ses maitres esclavagistes, aura la fonction de corps nourricier chargé de nourrir l’enfant du maitre parfois au détriment du sien. Elle devait d’ailleurs réserver l’un de ses seins à l’enfant Blanc et l’autre, à son enfant Noir. La propriété de son corps s’étendait jusqu’à la « privatisation » de l’un de ses seins.

Le corps-outil de travail. Les femmes Noires étant perçues comme robustes par le patriarcat dominant se voient assignées aux travaux des champs tout comme les hommes Noirs. Elles doivent en plus assurer le travail domestique dans leur foyer.

Esclaves dans un champs de cannes à sucre, Antilles françaises.

Certains femmes esclaves sont dévolues aux travaux domestiques à l’intérieur de la maison du maître assurant toutes les tâches ménagères, en plus du soin apporté au maître et à la maîtresse.

Le corps-objet sexuel. Dans le code Noir, l’agression sexuelle ( ou un terme de même nature) n’est jamais mentionnée. Elle n’existe tout simplement pas en tant que crime dans le code Noir. Le maître esclavagiste peut donc violer son esclave comme bon lui semble car cela n’est tout simplement pas considéré comme un crime. Il n’en est même pas fait mention.

Le tableau du Néerlandais Van Couwenbergh montre à quel point le viol de « la négresse » était décomplexé et n’était pas considéré comme criminel.

« Le viol de la Négresse » de Christiaen van Couwenbergh, 1632

Le Viol de la négresse, peint en 1632 par le Néerlandais Christiaen van Couwenbergh, a été un choc. On y voit une femme noire que trois hommes blancs sont sur le point de violer. La victime appelle au secours. Le viol n’est pas un thème fréquent de la peinture. Sur les milliers de toiles que j’ai vues, seules deux suggèrent ce crime. Dans ce tableau, le viol est explicite. L’un des agresseurs nous fixe en pointant du doigt la victime. Le peintre prend le spectateur à témoin. Il nous dit : « Regardez ce qui se passe dans les colonies néerlandaises ! Les femmes sont violées et personne ne s’en soucie ! » Le sentiment d’impunité transparaît dans l’attitude des trois hommes. Ils savent qu’ils ne seront jamais punis pour leur acte.

Source journal Le Monde. Interview de Naïl Ver-Ndoye.

Rappelons que l’esclavage a été reconnu crime contre l’humanité par l’Etat Français le 21 mai 2001 par la loi Taubira.

CONSÉQUENCES DE LA MISOGYNIE À COMPOSANTE RACISTE : de la colonisation à nos jours

La femme Noire animalisée. En France au XIXème siècle, il existe des zoos humains dans lesquels les familles françaises s’empressent d’aller voir des Africains comme on peut aller voir des animaux.

Affiche de l’exposition du quai Branly en 2011 qui dénonce les zoos humains de l’époque

Ces préjugés de la femme Noire « animalisée » est encore très présent. On peut prendre l’exemple de l’ex-ministre, Mme Taubira qui a été insultée de guenon par une petite fille de 9 ans lors de la manif pour tous « Guenon, mange ta banane! ». Elle a été aussi victime d’une comparaison à un bébé-singe par une ex-élue du Front National qui a été condamnée en première instance puis relaxée en appel.

De ce préjugé de femme animale, découlera tous les préjugés sur l’agressivité des femmes Noires.

La femme Noire hypersexualisée et victime de viol. Pascal Blanchard est un historien français qui a écrit sur la sexualisation des femmes « indigènes » au temps de la colonisation. Il y décrit les dynamiques de possession du corps de la femme « indigène » dans un but sexuel par les hommes colonisateurs.

Pascal Blanchard, historien, décrit les agressions sexuelles commises sur des femmes indigènes dans son livre  » sexe, race et colonies »
« Sexe, race et colonies » de Pascal Blanchard
« Sexe, race et colonies » de Pascal Blanchard

On trouve aussi d’autres exemples illustrant l’exploitation sexuelle de l’indigène africaine par les colons.

La sexualité de la femme Noire sera aussi « animalisée ». Sa sexualité sera présentée comme sauvage, insatiable ce qui servira de justification aux viols pendant la colonisation. Encore aujourd’hui des femmes Noires témoignent que dans l’intimité, on les traite de « tigresse au lit » ou « lionne » ou encore « panthère », tout ce vocabulaire pour lier leur sexualité à la bestialité.

Image du reportage sur France 5
« Modèles Noirs, Regards Blancs »

La femme Noire hypersexualisée est toujours malheureusement d’actualité. À travers les clips de rap, le patriarcat continue de véhiculer ce cliché raciste. Les vidéos peuvent faire des milliards de vues. Là où certains déconnectés de l’histoire y voient une libération sexuelle, pour ceux qui comprennent l’histoire de l’esclavage et de la colonisation, il s’agit d’une perpétuation des clichés racistes et misogynes véhiculés parfois par des personnes Noires elles-mêmes dans un processus d’aliénation. ( Voir dernier chapitre).

● La femme Noire « domestique ». Il y a des secteurs où la femme Noire est sur-représentée. Hormis la prostitution ( chapitre suivant), la femme Noire est représentée dans les métiers de service à la personne (femmes de ménage, « nounous » ou encore aide-soignante). La présence de la femme Noire afrodescendante n’est pas le fruit du hasard.

Dans les années 60, en France, se met en place le BUMIDOM ( le bureau des migrations d’Outre-Mer), qui favorisera la migration de centaines de milliers de femmes Ultra-marines ( Outre-Mer) principalement des Antilles et de la Réunion pour exercer des métiers d’aide à la personne s’inscrivant ainsi dans ce préjugé né de l’esclavage qui consiste à penser que la femme Noire est un « corps-nourricier » ou un corps « au service des autres ».

Un traitement spécifique des migrations d’outre-mer : le BUMIDOM (1963-1982) et ses ambiguïtés
Sylvain Pattieu

À partir des années 70, les femmes ultra-marines vont faire de la « résistance » et vont rechercher à occuper des postes dans des secteurs moins « domestiques ».

Un traitement spécifique des migrations d’outre-mer : le BUMIDOM (1963-1982) et ses ambiguïtés
Sylvain Pattieu

LA MISOGYNIE ET LE RACISME DANS LE SYSTÈME PROSTITUTIONNEL EN FRANCE

Le système prostitutionnel impliquant des femmes africaines Noires est un système dans lequel on retrouve des trafiquants Africains Noirs, des trafiquants Lybiens, des trafiquants Italiens, des victimes prostituées Africaines et des hommes clients vivant en Italie et en France. La prostitution africaine Noire en France est représentée en très grande partie par les femmes Nigérianes.

1) MISOGYNIE DANS LE SYSTÈME PROSTITUTIONNELLE EN FRANCE

Site du ministère
arretonslesviolences.gouv.fr

Ce sont bien les femmes qui sont exploitées et non les hommes à 85% ( 92% selon le journal Le Point). Les réseaux de prostitution concernent avant tout les femmes pour répondre à une demande masculine à 99,4%. (Chiffre de l’étude de Saïd Bouamama et Claudine Legardinier). C’est une industrie par et pour les hommes.

Il est à noter que de manière générale, le taux de femmes étrangères (femmes de l’Est, Africaines, Asiatiques…) dans la prostitution est très élevé. Entre 52% (fourchette basse) et 93% (fourchette haute). Elles sont victimes des réseaux de proxénétisme.

52% à 93% de femmes étrangères dans la prostitution

Il est bon de rappeler que les femmes prostituées françaises sont aussi victimes de proxénètes français. Selon le journal Le point, 48% des proxénètes sont Français.

Source Le Point  » Les visages de la prostitution en France »

2) MISOGYNIE À COMPOSANTE RACISTE DANS LE SYSTÈME PROSTITUTIONNEL EN FRANCE

La sur-représentation anormale des femmes Noires dans le secteur de la prostitution et les clichés racistes.

La prostitution est un système dans lequel la femme africaine est sur-représentée par rapport à sa représentation dans la société française. On pourrait s’attendre à ce que les femmes Noires soient peu représentées comme c’est le cas dans de nombreux domaines. Par exemple, on compte environ 9 femmes Noires exerçant en tant que députées Françaises à l’Assemblée Nationale en 2017. Dans la prostitution, c’est le contraire. Comment expliquer cette différence?

Les femmes Noires sont majoritaires dans les domaines dans lesquels on les laisse entrer facilement. Et ces domaines sont étroitement liés aux représentations racistes issus du temps de l’esclavage. Pour faire simple, on retrouve des femmes Noires dans le secteur de l’aide à la personne ( ex.Nounous, aide-soignantes, infirmières), l’aide domestique ( ex. Femmes de ménage) et l’industrie du sexe ( ex. Prostituées).

Il est très difficile d’obtenir le chiffre du taux de la population Noire en France car les statistiques ethniques sont interdites. On trouve néanmoins des approximations prenant en compte les immigrés africains ( nés à l’étranger), leurs descendants ( nés en France) et les personnes vivant dans les territoires d’Outre-Mer. On obtient une fourchette entre 5% (source Jean-Paul Gourévitch, hors DOM-TOM) et 7% (source Afrik Mag avec DOM-TOM) de la population française. Ce qui fait approximativement 2,5% et 3,5% de femmes Noires en France. ( En faisant nos propres calculs en prenant les chiffres de l’immigration, nous étions tombés sur une fourchette de 1% à 4%. Les chiffres nous semblent donc réalistes.)

Selon les chiffres de l’Insee, les femmes de nationalité Nigériane représentent moins de 1% des Immigrés vivant en France.

Source Insee. ( pour plus d’infos vous pouvez aller sur le site) Le Nigéria ne figure pas sur le tableau tellement le nombre de ressortissants est faible

Pourtant, les femmes prostituées africaines Noires ( majoritairement Nigérianes) représentent entre 6% ( fourchette basse chiffre de Senat.fr datant de 1999) et 32% (fourchette haute chiffre du Ministère de 2015) du total des prostitués en France. Un chiffre qui ne cesse d’augmenter. La prostution correspond à une demande ( masculine). Alors, pourquoi y-a-t-il une telle demande de femmes Noires dans la prostitution? Comment expliquer une telle disproportion entre leur présence dans la prostitution et leur présence dans la population globale en France ?

Les causes sont multiples mélangeant misogynie, capitalisme, racisme, violence… bref, le patriarcat. Ici, on se focalise sur la misogynie avec une composante raciste. ( C’est le but de l’article).

Comme dit plus haut, la femme Noire est sur-représentée dans les domaines pour lesquels on lui ouvre facilement les portes ( et qui vont dans le sens des clichés racistes). On aurait pu penser que les hommes la rejetteraient à cause de sa couleur comme c’est le cas dans de nombreux secteurs pour lesquels les femmes Noires se plaignent de discrimination. Or ce n’est pas le cas. Au contraire, les femmes Noires sont demandées à un taux dépassant celui de son taux de présence dans la population française. Comment expliquer cette différence?

Les préjugés racistes et  » fantasme exotique ». De nombreux préjugés racistes existent concernant la femme Noire. Notamment, comme analysé au premier chapitre, la femme Noire est perçue comme tout à fait légitime dans le champs sexuel ( la maîtresse). En effet, les réticences qui peuvent exister à en faire une partenaire de couple sont gommées quand il s’agit de relation basée uniquement sur l’exploitation sexuelle.

Comme le dit l’historien Pascal Blanchard dans le reportage de France 5 « Modèles Noirs, regards Blancs » : « La femme Noire s’inscrit dans un monde totalement différent de l’homme Noir. C’est à la fois une forme de « fantasme exotique ». Une forme de mépris du corps Noir. Il est à la fois désirable et repoussable. »

Ce que l’on comprend de la phrase de l’historien, auteur de l’ouvrage « Sexe, races et colonies », c’est que la femme Noire est perçue par la société comme « désirable » sexuellement mais « repoussable » dans les relations dites « légitimes ». La société la place comme étant une femme qui serait par nature associée à la « sexualité ».

Selon une étude de Claudine Legardinier et Saïd Bouamama, auteur et autrice de l’ouvrage « Les clients de la prostitution », une grande partie des clients sont des hommes mariés, cadres supérieurs et commercants.

Étude sur les clients de la prostitution. Étude commandée par le Nid.

Ce qui montre bien cette dualité « femme légitime » et « femme prostituée » dans le système prostitutionnel. La femme Noire étant perçue comme « naturellement » liée aux relations qualifiées dans la société d' »illégitimes », il n’est donc pas surprenant de constater une forte demande en femmes Noires dans le système prostitutionnel ce qui entraîne une sur-représentation des femmes Noires dans ce domaine.

Le système prostitutionnel, un système esclavagiste raciste. Le système prostitutionnel est raciste car il est une parfaite imitation du système esclavagiste du XVIIème siècle. ( NB : nous avons pu parler à une ex-prostituée Nigériane afin de mieux connaître ce qui se passe).

En effet, tout commence en Afrique. Les trafiquants rencontrent des filles souvent jeunes et leur font miroiter une vie meilleure en Europe notamment des études dans les universités. Les filles les suivent avec ou sans l’accord des familles.

Une fois à la merci du trafiquant, on leur fait faire des cérémonies rituelles pour être attachées spirituellement à leurs trafiquants. Elles sont désormais tenues par les « jujus » (sorcellerie). À partir de là, elles sont achetées par d’autres trafiquants proxénètes Nigérians pour des prix allant de 30€ à 700€ euros voire plusieurs milliers d’euros dans certains cas.

Elles sont ensuite transportées en Lybie, la plaque tournante pour entrer en Europe. En Lybie, les mauvais traitements commencent. Les trafiquants Lybiens n’hésitent pas à abuser des filles. Certaines sont même capturées par des Lybiens qui demandent des rançons aux familles en échange de la libération des filles. Les sommes sont si considérables qu’il faut parfois plusieurs années pour obtenir la libération. Une fois « libérée », la fille reste sous le joug d’un trafiquant. Elle n’a alors plus d’autres choix que de se rendre en Europe où elle espère avoir une « vie meilleure » pour pouvoir rembourser ses parents et les rendre fiers.

C’est en « bateau de fortune » (structure gonflable avec un moteur) que les femmes Nigérianes rêvant d’une vie meilleure arrivent en Italie. Aussi, beaucoup de ces « bateaux » coulent en mer et n’atteindront jamais l’Europe.

Arrivées en Italie, leurs papiers d’identité sont confisqués par les trafiquants et on leur annonce qu’elles doivent rembourser des sommes allant jusqu’à 60.000 euros. Elles restent soit en Italie, soit sont envoyées en France. Elles sont alors « prises en charge » par des mamas (ex-prostituées Nigérianes) qui leur montrent comment se prostituer. Les mamas apprennent entre autres aux filles comment négocier une passe en français. À ce stade, il est impossible pour les filles de s’échapper. Il y a la honte d’avouer à sa famille ce qui se passe, la dette morale et financière et surtout les « jujus », ces rites qui lient spirituellement la prostituée à ses bourreaux. Si elle s’en va, un malheur arrivera à sa famille.

Elles n’ont d’autre choix que de se prostituer. À hauteur de 20 euros la passe, les filles doivent avoir de multiples clients pour rembourser les 60.000 euros en échange d’une éventuelle libération. Elles rencontrent donc autant d’hommes clients que possible et sont forcés d’avoir des « relations » contre un arbre ou sur un matelas posé dehors à même le sol .

Certaines ne survivront pas. Elles sont torturées à mort lors de cérémonies rituelles ou pour le trafic d’organes. Vous pouvez regarder le reportage Netflix.

L’Obs du 27 décembre 2018, un des nombreux témoignages de prostituées ( 325.000 nairas = 700€)

Ce système est calqué sur le système esclavagiste de l’époque qui emmenait des esclaves en Europe pour y être réduit à l’esclavage. La femme Nigériane est traitée ni plus ni moins comme un « bien-meuble » (voir code Noir).

Certains s’étonneront de voir des individus Noirs (les proxénètes) participer à ce processus de déshumanisation de la femme Noire. Il s’agit d’un phénomène bien décrit par le psychiatre Frantz Fanon : l’aliénation. L’aliénation n’est aucunement une excuse mais une explication.

Les fantasmes pornographiques racistes coloniaux. Selon Saïd Bouamama et Claudine Legardinier, de plus en plus de jeunes hommes ont recours aux prostituées pour assouvir des fantasmes pornographiques. Or nous savons que la pornographie cultive une image raciste des femmes « Noires » à travers des sites comme ghetto gaggers ou motherless qui montrent des hommes « Blancs » qui lancent des injures racistes contre les femmes Noires.

Ghetto gaggers est un des sites les plus connus. Il ne montre exclusivement que des hommes « Blancs » qui dégradent des femmes « Noires » en les insultant de « neg*** » tout en les contraignant à des actes sexuels humiliants.

D’ailleurs, l’image de la femme sauvage du ghetto revient très fréquemment dans les sites pornos. Des catégories entières y sont consacrées. Les clients viennent assouvir leur fantasme de domination raciste.

Le JDD reprend une étude de Saïd Bouamama et Claudine Legardinier

D’ailleurs, ce constat est validé par l’historien Pascal Blanchard dans « Sexe, race et colonies »:

Extrait de Afrikmag concernant le livre « Sexe, race et colonie » de Pascal Blanchard.

Perpétuer le viol des Femmes Noires. Les clients n’ignorent pas la situation d’esclavage des prostituées Nigérianes. Les reportages et les interviews dans les médias sont légions sur le sujet. Ils n’ignorent donc pas que la fille ne peut pas dire non. Les hommes clients n’ignorent donc pas qu’ils commettent un viol. Ils choisissent délibérément des « corps Noirs » ( comme déjà dit plus haut les femmes Noires sont anormalement sur-représentées due à une demande anormalement élevée que l’on ne retrouve pas ordinairement). Pourquoi le choix du « corps Noir »?

Depuis l’esclavage et la colonisation, l’accès au corps de la femme Noire dans un but sexuel est considéré comme un dû. Pendant des siècles, le viol des femmes Noires n’a jamais constitué un acte criminel. Au contraire, il a fait l’objet de représentation artistique ou de photographies visibles par un grand nombre ( puis cachées lors de la décolonisation).

Le viol est un acte criminel de domination pour posséder le corps de la femme, la dominer et la détruire. Au temps colonial, il faisait partie de l’acte de conquête. C’est la raison pour laquelle agression sexuelle et colonisation sont indissociables. Autrement dit, il n’y a pas de conquête de territoires sans viol des femmes, sans appropriation du corps des femmes.

Le corps de la femme Noire comme conquête coloniale

Pour le client comme pour le proxénète, le corps de la femme prostituée lui appartient et il peut lui faire subir tout ce dont il a envie y compris la torture.

Et s’il choisit des corps Noirs de manière disproportionnée pour cette acte criminel de domination et destruction, c’est dans le but de perpétuer l’idéologie raciste et misogyne.

Racisme et déculpabilisation. Les clients n’ignorent pas qu’ils commettent un viol. Comment s’en dédouanent-ils?

La femme Noire est vue comme « naturellement hypersexuelle » selon les préjugés racistes ( à voir plus haut) ce qui déculpabilise le client qui n’a donc plus de raison de penser que ce qu’il fait est mal.

De plus, selon les idées racistes, la femme Noire est dénuée de valeur voire est au même rang que l’animal, il est donc facile de ne pas éprouver d’empathie. ( D’autres processus permettent de se déculpabiliser mais ce n’est pas l’objet ici).

Pour finir, cet attrait pour la « prostituée Noire » n’a rien de nouveau. Voilà ce qu’on peut lire dans l’Obs concernant la société française du XVIIIème siècle :

La prostitution fait partie intégrante du système patriarcale. C’est pourquoi on y retrouve de la misogynie et du racisme ( et du capitalisme). La prostitution Nigériane est l’illustration de la combinaison de ces deux facteurs. La posture anti-raciste et décolonial ne peuvent promouvoir un système d’exploitation reposant sur les préjugés racistes et coloniaux de la femme Noire. Autrement dit, une posture anti-raciste ne peut être qu’abolitionniste.

Le système prostitutionnel est aussi capitaliste c’est à dire basée sur l’exploitation des plus faibles et des plus pauvres. Il est illusoire, utopique d’espérer que ce système produise autre chose que de l’exploitation. C’est comme espérer que les multinationales fassent preuve de bienveillance et de charité… D’ailleurs, la prostitution africaine Noire est considérée comme « le hard discount de la prostitution » selon les propres mots d’un chef de police qui se confiait au journal « Le Monde ». On en parlera aussi.

« Il n’y a rien de révolutionnaire pour une femme Noire à être la prostituée d’un homme. C’est juste la perpétuation des stéréotypes racistes. » LRFA

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